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Pour ceux qui s’intéressent à l’actualité artistique, il ne leur aura pas échappé que le nombre de litiges  portant sur les  faux,  semble en augmentation croissante.

Le phénomène n’est pourtant pas nouveau. Le faux artistique existe depuis la nuit des temps, il est davantage médiatisé aujourd’hui.

La plupart des artistes ont commencé leur carrière en copiant leurs maîtres, pour exercer leur talent.

“N’imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion devient un singe” rappelait Victor-Hugo.

La copie n’est cependant pas le faux, car il lui manque l’élément constitutif du faux….l’intention de tromper l’oeil…et surtout le porte-feuille.

600px-Escaping_criticism-by_pere_borrel_del_casoEscapando de la Critica 1874 – Pere Borell Del Caso – wikimedia.org ( un vrai trompe-l’oeil…)

Le faux doit vouloir se prendre pour le vrai.  Il est, en quelque sorte,  l’illusion du vrai, celui que l’on admire jusqu’à ce que sa fausseté soit révélée.

Le faux se définit  par rapport à ce qui est considéré comme étant “l’authentique” et son développement coïncide avec  l’attribution d’une valeur matérielle  à l’oeuvre d’art.

L’oeuvre d’art authentique se doit être originale pour pouvoir prétendre à bénéficier de droits de propriété intellectuelle. Toutefois, certains faux peuvent faire preuve d’originalité.

Ainsi, Michelangelo, alors qu’il était peu connu, fit passer l’une de ses sculptures, un Cupidon, destinée au Cardinal Riaro, pour une sculpture antique. Lorsque ce dernier apprit qu’il s’agissait d’une oeuvre contemporaine, il exigea d’être remboursé et se départit  de la fausse antiquité.

43px-David.Statue.Perspective sculpture originale de Michelangelo –(David) source Wikimedia commons Pictures)

Il s’agissait certes d’une fausse antiquité mais d’une vraie sculpture de Michelangelo. Après avoir disparue pendant presque 5 siècles, cette oeuvre attribuée au sculpteur, est réapparue dans le hall de l’Ambassade de France aux USA, et a trouvé  aujourd’hui sa place au Metropolitan Museum de New-York. S’agit-il d’un original ou d’un faux? L’histoire de cette sculpture n’est sans doute pas terminée.

Cette anecdote historique  a le mérite de nous interpeler  sur la personnalité du faussaire et ses motivations. La distinction entre un faussaire et un artiste est moins dichotomique qu’elle n’y parait.

Dans certains cas, les motivations du faussaire, outre l’aspect monétaire, sont souvent des questions d’égo. Un artiste en mal de reconnaissance, va vouloir prouver qu’il peut faire aussi bien que ses grands maîtres. Il va pousser le jeu jusqu’à tromper les experts… ceux qui font et défont  les réputations… les critiques d’art, galeristes …et même … les musées.

La carrière de faussaire du peintre  et restaurateur d’art néerlandais  Van Meegeren, commença par son désir de confondre les critiques d’art, incapables, selon lui, d’identifier l’oeuvre  d’un maître de la peinture. Ainsi, il s’essaya avec succès à créer une “nouvelle” oeuvre du peintre Veermer et pensait dénoncer son canular ensuite. Toutefois, vu le succès de son faux auprès de tous les experts, il continua son “oeuvre” et finit même par vendre des faux Veermer et autres artistes  à des musées nationaux.

440px-Johannes_Vermeer_(1632-1675)_-_The_Girl_With_The_Pearl_Earring_(1665) « Jeune fille à la perle”  de Johannes Veermer – source Wikimedia commons Pictures .(oeuvre originale)

Personne n’aurait découvert la tromperie si Van Meegeren n’avait pas avoué son “crime”, au cours d’un procès, aprés la seconde guerre mondiale. Il n’était pas accusé de contrefaçon mais de haute trahison pour avoir vendu des trésors nationaux aux Nazis, notamment Goering. Or, pour sa défense, il démontra qu’il n’avait pas dilapidé des trésors nationaux, mais,  bien au contraire, avait dupé les nazis en leur vendant des faux Veermer. Les experts refusaient d’admettre leurs erreurs grossières.  Pour convaincre la Cour, il dut exécuter un faux Veermer devant les juges et dévoiler son atelier secret*.

Le philosophe Alfred Lessing, dans un article paru en 1965 “ What’s wrong with forgery”   souligne que Van Meegeren confondait mérite technique et accomplissement artistique.  Il crut pouvoir acquérir le respect de ses pairs et la renommée en imitant à la perfection le style d’un grand Maître. Lessing n’y voit qu’une prouesse technique. Van Meegeren a fini par se tromper lui même, selon Lessing.

Le droit ne prend pas en compte le mérite artistique de l’oeuvre. Le faux artistique est sanctionné en général  par la contrefaçon, lorsqu’on fait passer  une copie d’oeuvre pour une oeuvre originale et/ par l’escroquerie si on fait intentionnellement passer ( ou tente de faire passer) une oeuvre originale pour l’oeuvre d’un autre artiste. Si le vendeur est de bonne foi, en cas de revente, la transaction peut être annulée au plan civil par la nullité pour erreur sur la substance.

Il existe toutefois une distinction fondamentale entre le droit français du faux et celui du Canada. En France, le vendeur doit s’assurer de l’authenticité de l’oeuvre qu’il vend. Sa responsabilité professionnelle est engagée.

Au Canada et aux USA, notamment,  il appartient à l’acquéreur de faire diligence et d’engager, au besoin, les services d’un expert, avec toutes les incertitudes que cela comporte. Les conditions de la garantie sont contractuelles et donc souvent très limitées.

Ainsi que le faisait remarquer le criminologue Philippe Bensimon, lors d’une conférence donnée au Musée des Beaux Arts de Montréal sur cette question, il peut de surcroît y avoir des subtilités de langage. Une oeuvre signée  Riopelle sur un certificat d’authenticité, peut être tout à fait différente d’une oeuvre peinte par Riopelle, en terme de responsabilité.

Il arrive parfois, que ni les faussaires ni les revendeurs ne soient poursuivis car d’autres intérêts priment. Ainsi, en 1962,  à la Galerie Nationale d’Ottawa, se tenait une exposition de la collection privée de Walter Chrysler jr. Or, sur 187 peintures, 90 ont été identifiées comme étant fausses. Le magasine Life a rapporté notamment  à l’époque ce scandale artistique.

Parmi les faux, des prétendues oeuvres de Picasso, Van Gogh, Matisse etc. Bien que les galeristes ayant vendus ses toiles furent parfaitement identifiés, aucune poursuite ne fut engagée, la fondation Chrysler ayant eu peur de perdre son statut fiscal avantageux de Fondation, selon le New-York Times. Depuis, les faux ont été retirés de la collection Chrysler.

Plus récemment, la cinquantaine de faux du faussaire allemand Wolfgang Beltracchi, mettent encore en cause la responsabilité des experts, galeristes, des auteurs de catalogues “raisonnés” d’artistes ainsi que de prestigieuses maisons  de vente aux enchères.

Les artistes canadiens sont également victimes de leur succès. En 2009, a été mis à jour à Québec un faussaire qui s’inspirait du style de  ses maîtres.. jusqu’à apposer leur (fausse)  signature sur plus de 70 toiles.

Dans un article du journal The Art Newspaper, il est demandé aux personnes victimes de faussaires ou de leur receleur, de casser la loi du silence. Les acheteurs, souvent par ego ou peur du ridicule, ne veulent pas que l’on sache qu’ils ont été bernés, que la pièce d’art qu’ils ont achetée ne vaut rien.

Pour être sûr de ne pas être trompé, il reste possible d’aller voir une exposition sur le faux… les musées développent ce type d’expositionSalvador Dali, un des artistes les plus copiés,  avait même constitué un vrai musée du faux … où l’on pouvait être certain de voir de vrais/faux Dali. Ce dernier, qui avait le sens du canular,  aurait même vendu un faux poil de sa moustache pour le prix de 10.000 $ à Yoko Ono, ainsi que le rapporte le journal la Presse.

Avec le développement de l’art conceptuel, il devient à la fois plus simple et plus difficile de contrefaire une oeuvre.

Souvent, l’art conceptuel repose sur une idée. Ainsi, Marcel Duchamp avec son “ready-Made” d’un urinoir renversé intitulé “Fontaine’” , a eu une idée qu’il a mis en oeuvre  pour déconstruire la notion d’oeuvre d’art reposant exclusivement sur l’esthétique et le talent artistique, au début du XX eme siècle.

Tous les urinoirs renversés ne constituent par pour autant des faux Marcel Duchamp, car la performance  de l’artiste constitue l’axe principal de l’oeuvre conceptuelle.

Dans sa forme la plus ultime, l’art conceptuel va jusqu’à créer des oeuvres invisibles

image image Clipart

Quoi de plus simple à priori que de reproduire une oeuvre invisible…. ce qui importe cependant… c’est la performance artistique, plus que l’oeuvre, dématérialisée à l’extrême, au point d’être rendue invisible.

L’oeuvre d’art invisible peut être considérée comme le jusque boutisme de l’art conceptuel ou….une imposture… Un amateur “éclairé”  a cru pouvoir  acquérir  une telle oeuvre invisible pour 10.000 $ bien visible … avant de réaliser qu’il s’agissait du plus parfait des trompes l’oeil….

Rien n’est plus  proche du vrai que le faux” …disait Albert Einstein…

Tout est donc relatif, même le faux !

M.D le 23 février 2013

* l’histoire de Van Meegeren est relatée dans la livre de Luigi Guarnieri “La double vie de Veermer” paru aux éditions Actes Sud.

Pour aller plus loin sur le sujet:

– Forgery and the corruption of  aesthetic  understanding  –  Sherry Irvin – Canadian journal of Philosophy 2007

– Forgeries , a long history – Adrian Darmon

– Faux tableaux – vrais problèmes : la question de la contrefaçon par Melissa Theriault

Vrai ou Faux – Philippe Bensimon – Édition Guerin

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Une réflexion sur “Le faux artistique – un vrai Trompe l’oeil …

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